Adoptée en février 2025 par l’Union Africaine, la Convention sur l’Élimination de la Violence à l’Égard des Femmes et des Filles (CEVAWG) est une avancée historique. Pourtant, à Conakry, la Maison du Leadership et d’Accompagnement des Filles et Femmes de Guinée (MALAFF) demande de suspendre sa ratification. L’appel a été lancé ce mardi 29 septembre 2026 lors d’une conférence de presse.
D’entrée, la présidente de la (MALAFF) a salué la portée du texte. Nous sommes réunis autour d’un moment important pour notre continent. Adoptée lors de la 38e Session ordinaire des Chefs d’État de l’UA, la CEVAWG vient compléter les engagements du continent, notamment le Protocole de Maputo. Nous reconnaissons son importance historique », a-t-elle rappelé.
Mais pour l’organisation féministe, l’exigence impose d’aller plus loin : « Notre objectif n’est pas simplement d’avoir une Convention, mais d’avoir une Convention qui protège réellement les femmes et les filles. » La MALAFF porte la campagne continentale « Pause for Purpose », initiée par la société civile africaine. Elle appelle à une pause avant la ratification pour renforcer le texte.
« Ce n’est pas un rejet, c’est l’inverse. Nous voulons un traité suffisamment fort, transformateur, inclusif, applicable et ancré dans les réalités des femmes et des filles africaines », précise-t-elle.
L’organisation s’appuie sur des consultations menées en 2025 : 4 webinaires, 571 participants. Résultat : 93% affirment n’avoir jamais été associés à la rédaction. « Comment transformer la vie de millions de femmes sans garantir leur participation ? », s’interroge la MALAFF. Sur le fond, la MALAFF relève plusieurs manques : le cyberespace est évoqué sans être défini, les violences facilitées par la technologie ne sont pas explicitement reconnues, alors que les violences numériques explosent.
Idem pour les pratiques néfastes: les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfants, précoces et forcés, mériteraient une reconnaissance plus claire. La MALAFF alerte aussi sur une justice qui risque d’imposer une seconde violence aux survivantes.
Enfin, la protection des défenseuses des droits humains est jugée insuffisante : « On ne peut pas lutter contre les violences faites aux femmes sans protéger celles qui les dénoncent. La Guinée a l’occasion de contribuer à un débat continental majeur. Nous appelons l’État à écouter la société civile féministe et à soutenir une révision transparente, inclusive et participative avant ratification. Nous ne lui demandons pas de tourner le dos à la Convention, mais de contribuer à la rendre meilleure. »
Par Aboubacar II Sylla
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