Interdite depuis 2015, l’excision pourrait redevenir légale en Gambie. La Cour suprême examine actuellement une plainte déposée par un député et des associations religieuses, qui contestent l’interdiction de cette pratique ancestrale. Une décision qui placerait le pays parmi les rares États au monde à revenir sur une telle prohibition.
Témoignages de survivantes
Fatou Sanyang, 30 ans, excisée à l’âge de six ans, raconte encore les douleurs persistantes : règles insupportables, rapports intimes vécus comme une brûlure. « J’entendais les cris des autres filles », se souvient-elle, évoquant le traumatisme d’une enfance marquée par les « coupeuses ».
Comme elle, Mariama Fatajo, 28 ans, redoute une dépénalisation. Après des accouchements extrêmement douloureux, elle a décidé de ne plus avoir d’enfants. « Ce sera choquant pour nous, les survivantes, mais aussi pour les petites filles que nous essayons de protéger », alerte-t-elle.
Une pratique toujours répandue
Malgré l’interdiction, la Gambie reste l’un des pays les plus touchés par les mutilations génitales féminines (MGF). Selon l’Unicef, 73 % des femmes âgées de 15 à 49 ans avaient subi une excision en 2020. En 2025, la mort de deux nourrissons excisés avait provoqué une vague d’indignation.

Les poursuites judiciaires restent rares : moins d’une dizaine de cas ont été portés devant les tribunaux depuis 2015, et les premières condamnations n’ont été prononcées qu’en 2023.
Tradition contre droits humains
Le député Almameh Gibba, soutenu par des associations religieuses, défend la dépénalisation au nom du respect des traditions et de la liberté religieuse. « L’excision fait partie de nos croyances », affirme l’imam Kalipha Dampha, membre du Conseil islamique suprême.
À l’inverse, des ONG locales comme Think Young Women rappellent que les MGF ne sont pas une obligation religieuse. Elles dénoncent une pratique perçue comme un rite de passage, mais qui entraîne douleurs chroniques, infections, stérilité et complications lors des accouchements.
Mobilisation internationale
Jaha Dukureh, ambassadrice régionale d’ONU Femmes et fondatrice de l’ONG Safe Hands for Girls, témoigne de son propre parcours marqué par l’excision et un mariage forcé à 15 ans. Elle milite pour que la Gambie maintienne l’interdiction, soulignant que « les MGF peuvent être un traumatisme dont on souffre toute une vie ».
AFP

























