Ce rapport plaide pour l’usage de l’IA afin de détecter et contrer les campagnes automatisées de désinformation.
Alors qu’une vague de désinformation menace d’entraver la lutte contre la nouvelle épidémie d’Ébola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, un rapport de la fondation politique allemande Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) appelle à une mobilisation urgente d’outils technologiques, de la surveillance numérique à l’intelligence artificielle (IA), pour freiner la propagation des fausses informations.
Intitulé « Le manuel de la désinformation en matière de santé et l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda », le rapport du Programme Médias pour l’Afrique subsaharienne de la KAS dresse un constat alarmant : quelques heures après la déclaration par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le 17 mai 2026, d’une urgence de santé publique de portée internationale liée à l’épidémie, réseaux sociaux et communautés locales étaient déjà saturés de rumeurs et de contenus trompeurs. Selon le document, la manipulation de l’information médicale est devenue un véritable modèle économique mondial, appelant une riposte rapide et coordonnée.

Entre rumeurs locales et viralité numérique
La désinformation suit plusieurs circuits de diffusion. Dans les zones rurales congolaises, les rumeurs se propagent surtout par voie orale ou via des groupes WhatsApp fermés, explique-t-on. Selon Ange Adihe Kasongo, journaliste de l’organisation congolaise de fact-checking Balobaki Check, Ebola est parfois décrit par des mineurs locaux comme une « maladie mystérieuse apportée par un cercueil fantôme » ou comme un « sacrifice occulte » imposé par des exploitants miniers à travers des injections destinées à apaiser la terre.
Sept récits complotistes récurrents
Sur TikTok, des vidéos virales en français présentent également Ebola comme une « invention politique » orchestrée par le président congolais Félix Tshisekedi. À l’international, les espaces de commentaires de médias comme Deutsche Welle, BBC, The Times ou Associated Press ont été rapidement envahis par des messages conspirationnistes diffusés par des comptes anonymes.
L’étude inscrit cette désinformation dans une continuité remontant aux années 1980, lorsque le KGB soviétique relayait l’idée que le VIH/sida aurait été conçu comme une arme biologique américaine. Elle identifie sept récits revenant de manière récurrente lors des crises sanitaires : le déni de l’épidémie, la théorie d’une crise orchestrée par des élites mondiales, celle d’un virus créé en laboratoire, la dissimulation de remèdes simples, l’enrichissement supposé de l’industrie pharmaceutique, la diabolisation des vaccins et les accusations de corruption dans la gestion de l’aide d’urgence.
Une industrie lucrative de la peur
Au-delà des théories complotistes, le rapport décrit une véritable économie de la désinformation sanitaire, fondée sur l’exploitation de la peur et de l’incertitude. Les fausses informations servent à promouvoir de prétendus remèdes — comme des mélanges d’oignon rouge et de feuilles de goyave — ou à solliciter des dons.
Selon les auteurs, un créateur de contenus diffusant des infox médicales pourrait gagner jusqu’à 15 000 euros par mois grâce à la publicité, aux dons, au marketing d’affiliation ou à la vente de compléments alimentaires douteux, notamment sur Telegram.
Le rapport met en garde contre des conséquences directes, voire violentes. Comme lors des flambées d’Ébola de 2014 puis de 2018-2019, la méfiance nourrie par la désinformation pourrait provoquer des refus de vaccination, le rejet des personnels de santé ou encore des attaques contre les centres de traitement et les dispositifs d’aide d’urgence.
Une réponse articulée autour de cinq axes
Pour combler le « vide informationnel » des premiers jours d’une crise sanitaire, le rapport recommande une stratégie combinant technologie et ancrage local. Parmi les mesures proposées figurent une surveillance numérique en temps réel couplée à une veille communautaire dans les zones rurales, le recours au « prebunking » — qui consiste à démonter les rumeurs avant leur diffusion massive — ainsi qu’une mobilisation renforcée des relais de confiance, notamment chefs traditionnels, responsables religieux et guérisseurs locaux.
Les auteurs réclament également davantage de pression sur les plateformes numériques afin qu’elles suppriment ou démonétisent les producteurs de contenus dangereux profitant de la crise. Enfin, le rapport plaide pour le recours à l’IA afin de détecter et contrer les campagnes automatisées de désinformation, tout en facilitant l’adaptation des messages sanitaires officiels aux langues locales.
dpa

























